En savoir plus sur Jeanne de Flandre

Si la bataille de Bouvines a ses héros, heureux ou malheureux, elle a aussi son héroïne : la comtesse Jeanne de Flandre, fille de l’empereur Baudouin de Constantinople.
Née à la fin du XIIème siècle, Jeanne doit son prénom à un homme qui lui a sauvé la vie à la naissance : Jean de Cantimpré. Marquée par le destin, elle devient rapidement orpheline et hérite des comtés de Flandre et de Hainaut. A cette époque, le roi de France Philippe Auguste est en guerre contre Jean sans Terre, roi d’Angleterre ; de peur qu’elle épouse un noble anglais à sa majorité, il finit par en obtenir la garde noble.

Ayant rejoint Paris, Jeanne grandit au Louvre, en compagnie de sa jeune sœur, Marguerite. Jusqu’au jour où elle devient nubile (en âge d’être mariée). Après plusieurs mois de tractations, le roi Philippe parvient à un accord avec la noblesse flamande : Jeanne épousera Ferdinand, fils du roi de Portugal, dit Ferrand. Le mariage se déroule avec faste à Paris, en janvier 1212.

L’accord du roi de France est toutefois conditionné à la restitution des villes d’Aire-sur-la-Lys et de Saint-Omer. Peu confiant en la parole des Flamands, il fait arrêter le jeune couple dès le lendemain des noces, le temps que son fils Louis investisse les deux villes.

Furieux, le comte de Flandre Ferrand décide alors de quitter le parti du roi pour prendre celui de coalition formée par Jean sans Terre et son neveu, Otton IV, empereur germanique. Jeanne s’oppose à cette décision, car elle sait que si la Flandre entre dans ce conflit, elle sera asservie par le vainqueur, qu’il s’agisse du roi ou de l’empereur. Mais ses protestations sont vaines.

Le 27 juillet 2014, à Bouvines, Philippe Auguste affronte l’armée d’Otton et sort vainqueur ; Ferrand est capturé et jeté en prison.

Il y restera 13 longues années, pendant lesquelles Jeanne va être confrontée à de multiples difficultés. Elle doit gérer seule le comté, face à des châtelains puissants et des seigneurs ambitieux. Elle doit affronter sa jeune sœur mariée à Baudouin d’Avesnes, alors que ce dernier est un homme d’église. Elle doit faire face à un escroc parvenu à se faire passer pour son père, revenu de Croisade (on l’appellera le Faux Baudouin).

Après la mort de Philippe Auguste, puis de son successeur Louis VIII, Jeanne parvient à obtenir de la régente Blanche de Castille la libération de Ferrand. Quelques mois après le retour de son époux, elle donne naissance à une fille, Marie. Malheureusement, le mauvais sort s’acharne : Ferrand a contracté la « maladie de la pierre » en prison (calculs). Il en meurt … étonnamment un 27 juillet … celui de l’année 1233.

On pourrait croire la coupe pleine. Mais ce serait compter sans cet acharnement : sa fille décède l’année suivante, le 2 août, à l’âge de 7 ans.

Soucieuse de ne pas laisser le comté sans héritier, elle épouse Thomas de Savoie en 1236 … mais n’en aura pas d’enfant. Epuisée par tant d’épreuves, elle se retire en l’abbaye de Marquette, dont elle est la fondatrice.

En 1244, elle tombe malade. Le 5 décembre, dans un dernier soupir au milieu des sanglots de ses proches, elle passe sur l’autre rive, retrouver Ferrand et Marie.

Alain STRECK